La gare de Nîmes

façade de la gare de Nîmes
La gare face à l’avenue Feuchères (©MG)

Un peu d’histoire

La construction de la première gare de Nîmes, répond à un contexte économique, industriel, politique et culturel bien précis. En 1839 le chemin de fer arrive à Nîmes. Nîmes est à la fin du XVIIIe siècle une des grandes villes manufacturières de France. Sa production était exportée dans tout le bassin méditerranéen et jusqu’aux Indes. Place commerciale importante au carrefour du Languedoc, de la Provence et de la Vallée du Rhône, l’arrivée du chemin de fer était pour elle cruciale.

Paulin Talabot (Limoges 1799 – Paris 1885) va construire la première ligne du Gard entre Beaucaire-Nîmes-Alès-La Grand Combe. La première gare de Nîmes , appelée alors « embarcadère », est mise en service par la Compagnie des Mines de la Grand’ Combe et des chemins de fer du Gard le 15 juillet 1839, jour de la foire de Beaucaire. Elle dessert la section de Nîmes à Beaucaire. L’embarcadère est construit à l’est de la ville, entre les chemins d’Uzès et d‘Avignon, dans le quartier Richelieu, aménagé dans la première moitié du XVIIIe siècle.

La ligne, longue de 88 km, est organisée en trois sections : Nîmes-Beaucaire, Alès-Nîmes, Alès-La Grand’ Combe.

La gare, un style, une époque

La seconde gare de Nîmes, face à l’avenue Feuchères, est édifiée au sud de la ville, entre 1842 et 1844 lors de la création de la ligne Nîmes Montpellier. Elle devient la gare principale de la ville, monument emblématique du XIXe siècle et de la Révolution industrielle.

La gare au XIXe siècle (© coll.particulière)

Elle est l’une des plus anciennes gares de France. Nous ne connaissons pas son architecte, qui peut porter le nom de Paulin Talabot lui-même puisqu’il a signé les plans du premier embarcadère route d’Uzès. Cela pourrait être aussi Charles Didion, ingénieur des Ponts et Chaussées, qui en 1840, est chargé de donner un plan d’ensemble pour déterminer l’emplacement de la gare. Les entrepreneurs de travaux publics sont Rouvière, Cabane et Canteloup, les ingénieurs chargés de surveiller les travaux, Gaunaud puis Aurés.

Son architecture est une référence directe aux arches des arènes de Nîmes ou amphithéâtre avec sa vingtaine d’arcades monumentales, une longue façade de 110 m long sur 20,60 de large et 7 m de hauteur.

Gravure du viaduc du chemin de fer (© Bibliothèque Carré d’Art)

Le viaduc longe la ville d’Est en Ouest sur une longueur de 1760 m et comporte 207 arches de 4, 6, 8 m d’ouvertures pour ne pas faire obstacle aux cheminements existants entre la ville et la campagne, et pour enjamber les trois couloirs d’écoulement naturel des eaux, le cadereau d’Uzès, le Vistre de la Fontaine et le cadereau d’Alès. Les arches utilisées au XIXe siècle par des ateliers d’artisans sont aujourd’hui souvent bouchées ou accueillent des petits commerces ; leur dégagement a été demandé suite aux inondations d’octobre 1988.

L’esthétique n’est pas oubliée : «Ces trains roulants en quelque sorte suspendus seront un monument pour la ville». La façade se termine par six frontons, séparés par des balustres ajoutés plus tardivement.

Talabot innove dans la construction des rails. Sur les voies ferrées,  les rails étaient tenus sur des dés en pierre enfoncés solidement dans le sol. Reprenant les principes des voies d’Outre-manche, la voie est maintenant constituée de rails maintenus par des coussinets en fonte fixés sur des traverses en bois reposant sur un lit de pierre concassée (ballast) de deux pieds d’épaisseur. Les rails à double champignon proviennent de la Fonderie et Forges d’Alès.

L’architecture sobre de style néoclassique

A l’intérieur, des voutes d’arêtes très bien appareillées et des escaliers imposants mènent aux quais sur le viaduc. L’architecte a recherché une heureuse alliance entre une architecture de pierre classique associée à des matériaux modernes de l’époque, acier, béton, verre. La toiture est à l’origine appuyée sur une structure métallique qui a été remplacée en 1947 par une couverture faite de « voiles arcades » en béton armé. Une horloge monumentale se situe au centre de la façade, au premier étage. Au début, les voyageurs, peu habitués, contestaient sans cesse les départs des trains parce qu’ils les rataient, d’où cette nécessité de mettre de grandes horloges dans les gares ! L’horloge du jacquemart en face de l’Hôtel de Ville est référent de l’horloge de la gare de Nîmes.

En 1870, la gare est agrandie avec 3 voies supplémentaires pour les marchandises en plus des 3 voies de voyageurs. Elargissant le viaduc, des piliers de pierre sont remplacés par des colonnes en fonte, avec des plafonds de voutains en briques pleines sur poutres métalliques.

sous les arches de la gare de Nîmes
Intérieur de la gare: voute d'arêtes et voutains de briques (© MG)

La gare de Nîmes à l’architecture puissante, novatrice, affirme la puissance de la Compagnie, la rapidité, la maîtrise du temps. C’est une architecture exceptionnelle, une sorte de «cathédrale» moderne.

L’histoire du premier voyage

Le premier voyage eut lieu le 22 juillet 1844. « Cette inauguration, dit le Moniteur, vient d’être faite aux applaudissements d’une foule innombrable, et sans qu’aucun accident ait troublé cette véritable fête. Un convoi de dix-huit voitures, où étaient commodément placées cinq cents personnes, dirigé par MM. les ingénieurs Talabot et Didion, a fait le trajet (24 km) en trente-six minutes, et quarante au retour. Voyageurs et spectateurs ont été dans l’enthousiasme, etc. » (Moniteur du 22 juillet.)

Le tracé est agrandi de Nîmes à Montpellier. La ligne fonctionnera vraiment en 1845 car les adjudications et expropriations furent longues et difficiles dont la cause première fut la rivalité Nîmes-Montpellier pour l’exploitation de la ligne. Deux grandes fêtes de réconciliation eurent lieu au Peyrou et à Nîmes ; il y avait 25.000 personnes aux arènes en liesse. Les souscripteurs tant nîmois que montpelliérains furent nombreux pour ces entreprises nouvelles.

Aménagement

Si la gare et son viaduc se prolongent sur les boulevards Talabot et Sergent Triaire, la municipalité se devait de la mettre en valeur par l’aménagement d’une avenue. En 1840, l’ingénieur Charles Didion, est chargé d’un plan d’ensemble ayant pour mission de préciser l’emplacement de la seconde gare, de l’avenue qui la reliera à l’Esplanade*, des immeubles qui la borderont, des voies qui la relieront aux différents quartiers de la ville et de ses faubourgs. En 1845, l’avenue Feuchères est tracée en hommage au général baron Adrien Victor de Feuchères qui, en 1842, avait fait un don financier important à sa ville de Nîmes.

Buste de Paulin Talabot dans la gare de Nîmes (© FC)

Un grand homme attaché à l’histoire de la gare : Paulin Talabot

François, dit Paulin, Talabot (Limoges août 1799 – Paris mars 1885), ingénieur, polytechnicien, a contribué à l’essor du chemin de fer en France et à l’étranger. Banquier novateur, il participa à la fondation du Crédit Lyonnais et de la Société générale. Ce fut aussi un homme politique. Il fut élu plusieurs fois député, soutenant Napoléon III, et conseiller général du Gard. Ce buste, installé au rez de chaussée de la gare, est l’œuvre du sculpteur Gustave Noblemaire.

Hélène Deronne (mars 2020)

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