Statue publique d’Alphonse Daudet

SQUARE DE LA COURONNE

Statue d’Alphonse Daudet square de la Couronne carte postale-collection particulière (©nemausensis.com)

Un peu d’histoire

En 1533 François 1er, puis Henri IV en 1544 et Louis XIII en 1629 firent leur entrée solennelle dans la ville de Nîmes par la porte de la Couronne. Parmi les portes de Nîmes, elle était l’une des plus importantes et des plus anciennes car dès 1270, il en est fait mention dans les archives de la ville. Si cette porte au cours des siècles changea de nom, elle fut désignée ainsi en raison d’une hôtellerie qui portait l’enseigne de la « Couronne ». C’est à la municipalité de Jean Duplan, maire de Nîmes de 1857-1861, que nous devons la création du square de la Couronne. La colline du Mont Duplan porte son nom.

Inauguration de la statue du square de la Couronne

Inauguration de la statue de Daudet au square de la Couronne le 8 avril 1900 (carte postale-collection particulière ©nemausensis.com)

Le 8 avril 1900 a lieu l’inauguration de la statue d’Alphonse Daudet au square de la Couronne à Nîmes en présence d’un grand nombre d’officiels civils et militaires, de la famille Daudet, dont l’épouse de l’écrivain, Madame Alphonse Daudet et ses deux fils. Après les discours d’usage, la statue est dévoilée. La veille lors de sa séance, l’Académie de Nîmes avait évoqué la haute personnalité de l’homme de lettres. Le soir même de l’inauguration, après une conférence sur l’auteur par Ernest Daudet, le frère aîné, une représentation de l’Arlésienne eut lieu. Alexandre Falguière, réalisa l’essentiel de cette sculpture. Souffrant, il avait tenu à être présent à l’inauguration, même si la statue n’était pas terminée. Très fatigué, Falguière (1891-1900) dut précipitamment rentrer à Paris où il mourut quelques jours après. C’est un de ses élèves, Armand Bloch (1866-1932), qui achèvera la statue. Ce dernier sera par la suite un sculpteur reconnu.

La statue

Sur la bordure qui délimite le bassin, une pierre gravée propose l’inscription suivante en lettres majuscules : « 16 DECEMBRE 1897 – 16 DECEMBRE 1997/ POUR Le 100ème ANNIVERSAIRE DE SA MORT/LA VILLE DE NÎMES HONORE LA MÉMOIRE/ DE L’AUTEUR DU PETIT CHOSE / AU SOUVENIR D’ALPHONSE DAUDET ».

Au centre du bassin aux herbes et fleurs aquatiques, est installé le piédouche en pierre de Lens, réalisé par le sculpteur François Séguier d’après la maquette de Falguière. De forme circulaire, une inscription est gravée : «  Alphonse Daudet 1840-1897 ». La sculpture en marbre d’Alphonse Daudet est posée dessus.

Statue d’Alphonse Daudet (©photo Madeleine Giacomoni)

Sur un fauteuil à peine dégrossi, l’artiste est assis dans une position nonchalante et songeuse. Son bras gauche est posé sur le dossier du fauteuil tandis que le bras droit, le long du buste a la main qui repose sur sa cuisse. Dans cette main, il tient un crayon, dans l’autre, un carnet de notes ou un livre. Habillé de fines bottes, d’un pantalon, d’une longue veste à boutons, il a posé sur ses épaules un vaste manteau dont un pan revient sur sa cuisse gauche. Son visage ressemble étrangement à celui de la photographie réalisée par Eugène Pirou (1841-1909) appartenant au Musée Carnavalet à Paris. Nous savons que le sculpteur travaillait à partir de photographies.

Statue d’Alphonse Daudet square de la Couronne – détails (©photos Madeleine Giacomoni) Photo d’Alphonse Daudet par Eugène Pirou (©musée Carnavalet Paris)

Datant des années 1880, l’écrivain le visage déjà marqué par le travail et la maladie, il a environ une quarantaine d’années, est triste, mélancolique, songeur. Chevelure, moustache, barbe sont fournies, ses lèvres sont serrées, les yeux, enfoncés sous les arcades sourcilières, regardent au loin, hors du temps et du lieu, perdus dans une recherche du mot, de la phrase, dans une profonde réflexion intérieure.
Si un axe central installe la composition, souligné par l’ossature du fauteuil, la ligne courbe est dominante pour mieux exprimer le sentiment de mélancolie : arrondi de la position des épaules, courbe de l’ample manteau, des mèches de cheveux. Pour contrebalancer ce jeu d’arrondis, l’angle du bras gauche répond à l’angle que forme le genou de la jambe droite.
La statue s’impose dans le détail vestimentaire, la ressemblance du visage avec les photographies connues, appartiennent au mouvement réaliste ; ses lignes de force et l’attitude du personnage répondent à l’esthétique du mouvement romantique. Cette œuvre s’inscrit pleinement dans cette fin du XIXe siècle qui a vu naître et se démettre une succession de mouvements stylistiques, dont les plus fameux en sculpture furent réalisme et romantisme. La maquette de l’œuvre se trouve au Musée du Vieux-Nîmes.
Au square Marigny (jardin des Champs Elysées) se trouve une autre statue d’Alphonse Daudet réalisée en 1902 par le sculpteur René de Saint-Marceaux (1845-1915).

Brève présentation d’Alphonse Daudet

Alphonse Daudet, écrivain et auteur dramatique français, est né à Nîmes le 13 mai 1840. Issu d’une famille aisée de négociants en soieries, il passe sa petite enfance chez une nourrice, Anne Trinquier, à Bezouce dans le Gard. Dernier d’une famille de trois garçons, il doit travailler comme maître d’études au collège d’Alès, son père, ayant fait de mauvaises affaires a entraîné la ruine de sa famille. Cette période, à Alès, est peu heureuse pour lui mais elle va lui inspirer son premier roman, Le Petit chose (1868). En novembre 1857, il part pour Paris où il s’installe et trouve rapidement une certaine popularité. Sans argent, il mène une vie de bohême qui l’entraîne malheureusement à contracter une affection syphilitique extrêmement grave. Il en souffre toute sa vie et en meurt à l’âge de 57 ans, à Paris le 16 décembre 1897. Journaliste, il publie en 1858 un recueil de vers Les Amoureuses, et en 1862 la première de ses 17 pièces de théâtre, La Dernière idole. En 1859, il rencontre Frédéric Mistral avec lequel il noue une amitié de 40 ans qui se ternit lorsqu’Alphonse Daudet publie L’Arlésienne (1869) et le roman Numa Roumestan (1881) dont les héros sont des caricatures du tempérament méridional. À partir de 1864, l’écrivain fait plusieurs séjours en Provence. Il découvre le moulin Saint-Pierre dans les Bouches du Rhône qui lui inspire Les Lettres de mon moulin (1866). En 1867, il épouse Julie Allard. Ils auront trois enfants. Entre 1872 et 1890, il publie la trilogie Tartarin de Tarascon. En 1896, Edmond de Goncourt, inventeur de l’Académie Goncourt, le charge de fonder un groupe littéraire qui, chaque année, décernera un prix à un ouvrage écrit en prose.

De son vivant, son œuvre littéraire fut reconnue : 15 000 exemplaires du Nabab furent vendus dès le premier jour. Aujourd’hui Les Lettres de mon moulin avec l’une des nouvelles La chèvre de Monsieur Seguin, sont toujours lues et appréciées.

Brève présentation d’Alexandre Falguière

Alexandre Falguière – autoportrait (©musée des Beaux-Arts d’Angers) Portrait d’Alexandre Falguière  (©wikipedia.org consulté 29/9/2021)

Alexandre Falguière né à Toulouse en 1831 et mort à Paris en 1900 est sculpteur, peintre, ancien élève de l’École des Beaux-arts de Paris. Il eut comme maître, le sculpteur académique, Carrier-Belleuse. Parmi ses élèves, il eut Antoine Bourdelle quand il devient à son tour professeur dans cette école. En 1859, il obtient le Prix de Rome de sculpture avec Léon Cogniet. Il répond à de nombreuses commandes publiques et privées. Il appartient au mouvement réaliste. Il fut également peintre. Les collections publiques possèdent de nombreuses œuvres de lui, tant sculptées que peintes.

Hélène Deronne
Novembre 2021.

Bibliographie

Site : www.nemausensis.com square de la Couronne
1978, Pingeot Anne, “Le fonds Falguière au Musée du Louvre”, Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français, p. 284-285.
2018, Lalouette Jacqueline, Un peuple de statues. La célébration sculptée des grands hommes (France 1801-2018), photographies de Gabriel Bouyé, Paris, Mare et Martin, p. 243, fig. 127, 247, 383, 418, 441, fig. 225.

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